Sous tes pieds, j'ai déroulé mes rêves...
| Mai 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||
Sous tes pieds, j'ai déroulé mes rêves...
Hier 20h.
Je suis arrivée à la maison ( vannée comme toujours) Miracle, mon fils qui jusque là ne disait couramment que 3 mots à dit son 4ème: "miaou"
Battue, je descends de ma moto et de mon nuage et je le suis - il est tout excité, il veut me montrer quelque chose- il me précède à la cuisine. Dans un coin, il me montre une forme poilue et sale. J'ai failli ne pas le reconnaitre. Le chat de ma soeur! je le croyais perdu. Et elle qui est repartie chez maman...je lui annoncerai ce week end.
Alors, comme ça, Meegoo est revenu ! pas transformé en Médor, pas de cornes sur la tête..Juste sale et amaigri. Et reconnaissant qu'on le reprenne.
Il m'a reconnu, il est venu sentir mes chaussures, je lui ai demandé " t'es allé souffir où? Pourquoi t'es parti?"
Il a ronronné. Je l'ai compris.
Ca m'a fait pensé à une histoire à peu près similaire.. l'histoire de la chèvre de M. Seguin. Sauf que celle ci se termine bien;
Pour l'instant.
Car de l'appel du large, on ne revient pas toujours. Ou alors, rien n'est plus comme avant.
Il est vrai que j’ai des cousins par dizaine mais un garçon dans ma maison, à part mon père il n’y en a jamais eu.
Alors on comprends mieux l’état d’esprit de tout un chacun quand Aman est né. Aman c’est mon fils. Rien que d’en parler me rend gaga. Un mélange terrible ce petit ange : métisse de chez métisse. Si je comptabilise bien, 1/2 indien,1/8 béninois, 1/8 malgache 1/8 hongrois, 1/8 pakistanais.
Aman a un tas de petits surnoms affectifs. Le dernier en date c’est boule de gomme. Allez savoir pourquoi… comme dit ma mère " si on vous demande la tête d'une folle, rapporter la tête d'une jeune maman.."
Il n’a que 15 mois mais il est déjà le centre de ma vie. Je me demande bien ce que j’ai pu faire d’intéressant quand je ne l’avais pas encore.
Aman dit "Papa", "maman". Le reste il le dit bouche fermée ou avec des onomatopées. Vivement qu’il parle, on est bavards de famille. Il ne saurait être une exception.
Aman regarde passer les ânes et les chèvres le matin. Ca le fascine. Si j’avais de la place, je lui en aurais bien acheté un, d’âne…
Aman a eu son premier vélo-poussette aujourd’hui. Il est modulable ; quand il sera plus grand et saura pédaler on le transformera en vélo tout court.
Il était tout content. Il est capable de s’endormir dedans.
Boule de gomme aime les jeux d'eau– son préféré: ouvrir le robinet et regarder le filet d’eau couler ; bonjour la facture !- mais n’aime pas le bain. C’est bien un garçon ça…
Il s’amuse à me faire sursauter : « bouuuh » et se maaaaaare quand il y arrive.
Aman et sa naani (ma mère) sont très complices. Quand il la voit rentrer du service, il court s’agripper à elle et ne la lâche pas de la soirée..elle doit lui manquer. Nous avons changé de ville à cause de mon travail.
Aman est très copain avec son papa. A 4 pattes ils couraient partout dans la maison et faisaient beaucoup de bruit. Lui aussi doit lui manquer…
Quand je finis ma journée j’ai hâte de la retrouver ; c’est une incomparable satisfaction que de le voir accourir sur ses petites jambes, les bras tendus pour que je le prenne dans mes bras. Aussitôt cela fait, il fouille dans mon corsage en s’éclaircissant la gorge – le code pour demander à téter- et c’est parti pour un long tête à tête, les yeux dans les yeux.
On l’appelle Pitchounette ; la voilà qui déboule du couloir fringuée d’une de mes robes, des chaussures de maman et maquillée comme au moulin rouge. Elle a 7 ans. C’est déjà une petite femme. Un charme fou, piège auquel maman se laisse régulièrement prendre. Une moue boudeuse ou le rappel de sa merveilleuse note de maths pour obtenir ce qu’elle désire…ce dernier argument fait effet : c’est la seule matheuse de la famille.
Il y a un an elle est rentrée des cours furax : « qu’est ce qui t’arrive ? », je m’enquiers. c’est encore Arthur, qu’elle répond ( son amoureux) il est trop nul il m’embête. D’ailleurs pour le remettre à sa place, je lui ai botté le derrière »
Allons bon ! sur ce coup là, je la reconnais bien ma sœur ; d’ailleurs elle a de qui tenir – suivez mon regard hé hé-
La pitchounette a 15ans de moins que moi ; c’est ma demi-sœur en fait, mais ça n’a pas de sens pour moi, ces histoires de demi…
Je l’ai déjà surprise en train de m’observer et quand je lui ai demandé ce qu’elle regardait, elle a répondu « rien du tout » et elle est parti d’un fou rire. Allons, je vais pas m’en étonner, on est toutes un peu fofolles dans notre fratrie. N’empêche que j’aimerais bien savoir ce qui trotte dans sa petite tête…
Elle est très influençable et crédule. J’ai enregistré ma voix déformée sur mon téléphone, je l’ai fait sonner et j’ai dit que c’était un appel pour elle du loup garou du quartier qui l’a vue jouer jusque tard le soir dans la rue. Elle ne s’en est pas encore remise.
C’est pas pareil quand on a une si grande différence d’âge, mais une sœur c’est une sœur, ce qu’on vit ensemble n’a pas de prix.
Quand à 9ans j’en avais assez d’être une enfant unique, jouant toute seule au fond de la cour, n'ayant personne avec qui me disputer ni rien à raconter à mes copines, j’ai demandé au bon dieu un petit frère ou une petite sœur ; il m’a envoyé ma Macadam flower.
Elle m’avait l’air grande quand j’avais 7ans ; aujourd’hui je la dépasse de quelques cm..maman
A elle on peut tout dire. Ou plutôt on ne peut rien cacher. Il valait mieux pas d’ailleurs, elle colmatait souvent les dégâts alors…
Elle a toujours de nouvelles recettes de cuisine, elle a toujours une histoire à raconter : une histoire de fantôme ou une histoire de son enfance. Avec cette expression qui revient tout le temps « et puis.. » et ce qui lui reste de son accent d’origine.
A ce jour, elle totalise 14 ans dans l’aéronautique. Elle a souvent été pour mes sœurs et moi et père et mère, papa n’étant pas souvent là. Maman est conciliante, elle tient compte de l’avis des autres, elle cherche toujours le juste milieu ; on ne se sent pas frustré avec elle.
Avec maman, on fait les fous. On peut faire une pizza party, une ice cream party, et tout ça en ricanant comme des succubes.
Je l’ai vu en colère quelques fois. Des colères terribles mais passagères. Elle ne s’attarde pas sur ces choses là. Mais quand elle déprime j’ai mal au cœur.
Je l’ai vu pleurer quelques fois. Je me rappelle quand j’avais 8 ans, elle attendait ma petite sœur ; elle pleurait au fond de la cour parce que mon père avait….*soupir*aucune importance.
Je lui ai dit « ne pleure pas maman, c’est pas bien pour le bébé ; viens avec moi et ne reste pas là seule ; ne pleure pas stp »
Elle est littéraire maman, on rit donc des mêmes choses : Achille Talon ou Gaston Lagaffe, Boule et Bill ou les Dalton, elle en a fait les héros de mon enfance. Elle m ‘ appris à cultiver l’amour de l’art dès mon plus jeune âge.
Aujourd’hui elle a le mérite de ne pas s’être arrêté à ces années là, ses années à elle. Elle me suit dans les miennes. C’est cela rester jeune. Autant elle fredonnerait un Tino Rossi ou un Aznavour, autant elle reconnais Missy Eliott, Nelly, 50cents ou Jennifer !
Elle a coupé ses cheveux la première fois à 40ans. Elle peut être très conservatrice parfois.
Un jour j’ai réalisé que maman avait des rides. Que son visage est devenu plus lourd. J’ai réalisé que le petit garcon à qui elle fait des grimaces dans son berceau, c’est le mien ! Pourtant elle, n’a pas changé ; les années, le soleil d’Afrique, la souffrance, rien n’a réussi à altérer l’image d’elle que j’ai toujours eu. D’ailleurs ses rides je ne les regarde pas.
Elle en a vu des vertes et des pas mures dans un pays à des milliers de km de chez elle, pour avoir suivi mon père. Je ne veux plus qu’elle souffre.
Parce que c’est une maman. Ma maman.
